Texte issu d'un challenge d'écriture : The Execution Day
Ma si chère amie,
J’espère que tu
arriveras à me lire, ma main tremble un peu. On m’a donné du papier et un
crayon pas assez taillé (auraient-ils peur que je tente une évasion si le
crayon était pointu ?). Le gardien m’a dit qu’ils ne lisaient pas les
lettres d’adieux des condamnés à mort. Je crois qu’il ment.
Ma petite chérie, je
suis tellement désolée. Je ne serai pas la marraine de tes enfants et tu ne
seras jamais la marraine des miens. C’est une promesse de plus que je brise et
mon cœur se serre à l’idée de t’abandonner. J’aurais aimé que nous devenions
ces deux petites mamies qui critiquent les gens qui passent dans la rue en
sirotant des thés à la menthe. Nous aurions ri si fort que nous aurions craché
nos dentiers et affolé nos pacemakers. Nous aurions parlé pendant des heures de
nos enfants ingrats et de nos petits-enfants trop gâtés.
Mais je n’aurai
jamais d’enfants, ni de petits-enfants. Cette pensée me laisse un goût de métal
dans la bouche. Quelle étrange pensée que de se dire que je n’aurai jamais plus
que dix-huit ans.
Pourtant, je veux
que tu saches que je ne regrette rien. Je meurs la tête haute et tu peux être
fière de moi. Depuis l’invasion, je me sentais si seule… Lorsque j’ai rejoint
la cause, j’ai retrouvé une raison de vivre. Tu me connais mieux que personne,
tu sais que je n’ai jamais supporté l’inaction. J’ai haï ces mois de claustration
qu’ils nous ont fait subir. Je ne pouvais pas rester les bras croisés à
regarder le monde prendre feu.
Je sais que je
n’aurai été qu’un goutte d’eau dans cette immense brasier. Peut-être même que
mon acte a servi à attiser les flammes. Mais j’ai fait ce que j’ai pu. Je ne me
suis pas laissée faire. J’ai refusé la soumission et je suis en paix avec
moi-même. Mieux vaut mourir à dix-huit ans pour une cause en laquelle on croit
qu’à cent ans sans avoir jamais rien fait qui vaille la peine.
Je veux aussi que tu
saches que je n’ai pas peur de la mort. Si Dieu existe, j’aimerais bien avoir
une petite discussion avec lui. Et, qui sait, peut-être que les mamies boivent
des thés à la menthe au paradis ?
Tant que j’y pense,
peux-tu dire à Marco qu’il me doit cinquante francs ? Comme je suis
généreuse, on va dire que j’efface cette dette. Et j’ai oublié de rendre un
livre à Julie, peux-tu le faire à ma place ? Il est posé sur la table de
la cuisine et la clé de l’appartement est dans la boite aux lettres. Le reste
de mes affaires t’appartient, désormais. Je n’ai pas grand chose, mais il
devrait y avoir un ou deux objets qui pourraient t’être utiles.
Si tu le vois, dis à
mon père que je lui pardonne presque tout. Je veux mourir la conscience
tranquille. Et dis à Adrien que je l’ai un peu aimé, même s’il est trop tard.
Et toi, toi, toi, ma
lumière, mon amour, ma meilleure amie. Pleure un peu ma mort, mais pas plus que
quelques semaines. Ensuite, sèche tes larmes et tente de vivre. Je ne te dis
pas de rejoindre la cause (tu es trop douce pour ça), mais redresse la tête. Ne
les laisse jamais t’abattre.
Mes dernière pensées
vont à toi,
M.
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