Thursday, November 16, 2017

Execution day

Texte issu d'un challenge d'écriture : The Execution Day

Ma si chère amie,

J’espère que tu arriveras à me lire, ma main tremble un peu. On m’a donné du papier et un crayon pas assez taillé (auraient-ils peur que je tente une évasion si le crayon était pointu ?). Le gardien m’a dit qu’ils ne lisaient pas les lettres d’adieux des condamnés à mort. Je crois qu’il ment.
Ma petite chérie, je suis tellement désolée. Je ne serai pas la marraine de tes enfants et tu ne seras jamais la marraine des miens. C’est une promesse de plus que je brise et mon cœur se serre à l’idée de t’abandonner. J’aurais aimé que nous devenions ces deux petites mamies qui critiquent les gens qui passent dans la rue en sirotant des thés à la menthe. Nous aurions ri si fort que nous aurions craché nos dentiers et affolé nos pacemakers. Nous aurions parlé pendant des heures de nos enfants ingrats et de nos petits-enfants trop gâtés.
Mais je n’aurai jamais d’enfants, ni de petits-enfants. Cette pensée me laisse un goût de métal dans la bouche. Quelle étrange pensée que de se dire que je n’aurai jamais plus que dix-huit ans.
Pourtant, je veux que tu saches que je ne regrette rien. Je meurs la tête haute et tu peux être fière de moi. Depuis l’invasion, je me sentais si seule… Lorsque j’ai rejoint la cause, j’ai retrouvé une raison de vivre. Tu me connais mieux que personne, tu sais que je n’ai jamais supporté l’inaction. J’ai haï ces mois de claustration qu’ils nous ont fait subir. Je ne pouvais pas rester les bras croisés à regarder le monde prendre feu.
Je sais que je n’aurai été qu’un goutte d’eau dans cette immense brasier. Peut-être même que mon acte a servi à attiser les flammes. Mais j’ai fait ce que j’ai pu. Je ne me suis pas laissée faire. J’ai refusé la soumission et je suis en paix avec moi-même. Mieux vaut mourir à dix-huit ans pour une cause en laquelle on croit qu’à cent ans sans avoir jamais rien fait qui vaille la peine.
Je veux aussi que tu saches que je n’ai pas peur de la mort. Si Dieu existe, j’aimerais bien avoir une petite discussion avec lui. Et, qui sait, peut-être que les mamies boivent des thés à la menthe au paradis ? 

Tant que j’y pense, peux-tu dire à Marco qu’il me doit cinquante francs ? Comme je suis généreuse, on va dire que j’efface cette dette. Et j’ai oublié de rendre un livre à Julie, peux-tu le faire à ma place ? Il est posé sur la table de la cuisine et la clé de l’appartement est dans la boite aux lettres. Le reste de mes affaires t’appartient, désormais. Je n’ai pas grand chose, mais il devrait y avoir un ou deux objets qui pourraient t’être utiles.
Si tu le vois, dis à mon père que je lui pardonne presque tout. Je veux mourir la conscience tranquille. Et dis à Adrien que je l’ai un peu aimé, même s’il est trop tard.

Et toi, toi, toi, ma lumière, mon amour, ma meilleure amie. Pleure un peu ma mort, mais pas plus que quelques semaines. Ensuite, sèche tes larmes et tente de vivre. Je ne te dis pas de rejoindre la cause (tu es trop douce pour ça), mais redresse la tête. Ne les laisse jamais t’abattre.

Mes dernière pensées vont à toi,


M.

Tuesday, November 14, 2017

Les démons s'en réjouissent

Avant
Lorsque j'avais l'une de ces journées
De celles qui te clouent au sol
De celles qui privent tes muscles d'énergie
De celles qui torturent ton ventre
De celles qui te noient dans toutes les larmes
que tu ne peux même pas verser

Lorsque j'avais l'une de ces crises
Je t'écrivais
J'écrivais pour partager
La douleur, le désespoir, la tristesse
Qui me clouent au sol

Avant
Je savais que tu m'écouterais
Et même si ça ne serait pas assez
Même si ça ne tuerait pas les démons
Et n'apaiserait pas la douleur
C'était déjà ça.

Et maintenant
Que je pleure à peine
Que j'ai mal là où les antidouleurs sont sans effet
Que l'idée de me redresser m'épuise déjà

Maintenant
J'ai le réflexe que vouloir me tourner vers toi
Mais je ne peux pas
Je ne peux plus

Et ça me torture toujours
Les démons s'en réjouissent
Et la douleur s'installe confortablement
Dans le creux de mon ventre

Maintenant
Je ne sais plus quoi faire
De la panique, de la terreur
Qui rampent le long de ma gorge

Maintenant
Je ne peux même plus me tourner vers toi
Et je me sens seule
Et je ne peux même plus te demander d'écouter
Et j'ai mal

Je ne peux même plus
Me tourner vers toi

Lorsque le pire me mange de l'intérieur


21 août 2017

Sunday, November 5, 2017

Et on ira danser, jusqu'aux étoiles

Je ne sais pas très bien si tu m’entends. J’ai lu dans certains livres que, même dans ton état, certaines personnes entendent ce qu’il se passe à l’extérieur. J’ai lu beaucoup de livres, ces derniers temps. C’est un peu mieux que Wikipedia. S’ils ont pris la peine d’écrire un bouquin en entier, c’est que ça doit être vrai. Non ?
Je me demande ce que tu dirais si tu pouvais parler. C’est tellement étrange de ne plus entendre ta voix. Je n’avais jamais vraiment réalisé à quel point elle faisait partie de mon paysage sonore. Désormais, quand je vais me coucher, je n’entend plus ton rire qui est destiné à un quelconque skype. Je ne rentre plus dans l’appartement pour te retrouver en grande discussion avec un inconnu. Je ne peux plus t’appeler, simplement pour te parler, pour te savoir présente. Tu n’es plus présente. Et ça me ronge.
Je me demande si tu prendrais bien la situation dans laquelle tu es. Tu me parlerais probablement de l’infirmier sexy qui prend soin de toi tous les jours. Tu m’expliquerais sûrement tout ce que tu as pu remarquer sur le fonctionnement de l’hôpital. « Le docteur effraie un peu ses employés, parce que l’autre jour, j’ai entendu deux assistantes parler et leurs voix tremblaient un peu. » que tu me dirais.
Bien sûr, il y aurait des moments où tu serais déprimée, désespérée, en colère, triste. Mais je sais que tu ferais tout ce que tu peux pour le cacher. Je sais que tu ne voudrais pas nous le montrer. « Ma déprime ne regarde que moi » disais-tu parfois, lorsqu’on te demandait s’il t’arrivait d’être malheureuse.
J’aimerais tellement que tu me répondes. Que tu me fasses un signe qui me prouve que je ne parle pas dans le vide. Qui me montre un peu d’espoir.
C’est horrible, parce que tu es là, à côté de moi, et pourtant tu me manques terriblement. J’ai besoin de toi. J’ai besoin que tu te réveilles.

Le coma ne te convient pas. Tu as toujours été dans l’action. Tu as besoin de bouger, de parler, de chanter et de danser. Tu ne peux pas rester inerte pour l’éternité. C’est vrai que ta vie est plus simple, désormais. Tu n’as plus besoin de penser à rien. Plus besoin de prendre de douche, de faire à manger ou même d’aller aux toilettes. On se charge de ça pour toi. C’est vrai que cela doit être agréable de ne plus avoir aucun souci. Tu n’as plus de responsabilités sur tes épaules, plus de stress et plus de to-do list. La seule chose que tu dois faire, désormais, c’est rester allongée. Tu évites les cœurs brisés, les déceptions de la vie et l’angoisse du lendemain.
Mais tu perds aussi ce qui fait de la beauté de la vie ! Tu ne vois plus les rayons du soleil ni les fleurs qui repoussent dans le jardin. Tu ne manges plus de tartes aux pommes chaudes, tu ne sens plus le vent sur ton visage. Et puis, surtout, tu ne peux plus rire. Tu ne peux plus danser.

Je t’en prie, je t’en supplie, ne reste pas dans cet état. J’ai besoin de toi. Et toi, tu as besoin de la vie. Si tu te réveilles, si tu me reviens, je te promet qu’on sera heureux. On ira boire des chocolats chauds au coin du feu. Et on ira jouer dans les vagues de l’océan. Et on ira danser. Jusqu’aux étoiles.


Il suffit que tu te réveilles. Il suffit que tu choisisses de vivre.