Nous sommes la nouvelle génération.
Nous sommes les jeunes de demain, nous avons entre
nos mains le futur de notre planète. Nous sommes la pire et la meilleure
génération que l’humanité a à disposition. Pourquoi la pire et la meilleure ?
Parce que nous ne l’avons pas choisie.
Oscar Wilde disait : « La nouvelle
génération est épouvantable. J’aimerai tellement en faire partie ! »
Il est vrai que nous sommes épouvantables. Nous
avons été biberonnés à l’ultra-violence, au terrorisme et au sexe. Les adultes,
la vieille génération, nous rappellent toujours, avec une légère touche de
nostalgie dans la voix, le « jour où tout a basculé ». Le 11
septembre 2001, dont le tsunami de conséquences n’a pas fini de faire des
vagues. Nous avons grandi dans un climat tendu, nourri par la culture de la
haine et de la méfiance de l’autre. Grâce aux nouvelles technologies, nous
avons eu accès dès notre plus jeune âge à toute sorte d’images traumatisantes.
Nous n’avons bientôt plus eu besoin de nos parents pour nous enseigner que le
papa dépose sa petite graine dans le ventre de maman. Il nous suffisait de
taper « sexe » sur Google pour être envahi d’images explicites. La
semaine dernière, les élèves de ma mère, qui sont âgés de quatorze ans, ont
cité le nom d’actrices pornographiques pour le jeu du petit bac. « Ben
c’est une star, non ? »
Nous sommes une génération pourrie-gâtée, inculte,
ingrate et flemmarde. Nous passons plus de huit heures par jour sur les réseaux
sociaux. Nous ne vivons plus réellement. Nous nous plaignons à grande échelle,
désormais, grâce à Twitter, Facebook ou Snapchat. Nous tombons amoureux par
écrans interposés et ne croisons même plus nos amis IRL (in real life).
Oui, la planète est entre de bien mauvaises mains.
Et pourtant…
Et pourtant, je ne peux pas m’empêcher de me
demander si ce n’était pas ce qu’on a toujours dit des nouvelles générations.
Qu’elles sont flemmardes. Qu’elles sont « bien plus apathiques que nous ne
l’étions, nous étions bien mieux que
ça. ». C’est ce que disent les vieilles dames dans les transports
publiques, lorsqu’elles déplorent les dizaines de jeunes, les yeux plongés sur
leurs smartphones, incapables de leur adresser un regard. Mais ces vieilles
dames ne peuvent pas voir que certains d’entre nous sommes en train de partager
des publications d’Amnesty International et de Global Citizen pour sensibiliser
nos amis virtuels. Nous sommes en train de nous informer sur la marche du
monde. Et les réseaux sociaux nous donnent l’impression que nous ne sommes plus
seuls.
Bien sûr, une grande partie d’entre nous jouent à
Candy Crush dans le bus, plutôt que de lire des article de Human Rights Watch.
Mais pas tous.
Nous sommes la nouvelle génération. Nous sommes
porteurs d’espoir.
Nous avons sur nos épaules la lourde
responsabilité d’un monde qui part en vrille. Nous observons, impuissants, les
courbes de réchauffement climatique qui percent les plafonds, les prévisions de
surpopulation d’ici 2060, les crises migratoires et les guerres qui déciment des
millions de civiles.
“I wish it need not
have happened in my time," said Frodo.
"So do I," said Gandalf, "and so do all who live to see such times. But that is not for them to decide. All we have to decide is what to do with the time that is given us.” – J.R.R. Tolkien
"So do I," said Gandalf, "and so do all who live to see such times. But that is not for them to decide. All we have to decide is what to do with the time that is given us.” – J.R.R. Tolkien
Nous sommes la nouvelle génération. Je ne crois
pas que nous soyons pires ou mieux que la précédente. Lorsqu’il y a eu mai 68,
se souvient-on des commentaires de ceux qui représentaient alors l’ancienne
génération ? Aujourd’hui, nous acclamons ces révoltes, ces révoltés, ces
cris à la liberté. Mais c’est parce que ceux qui l’ont vécu ont désormais les micros
en main.
Pour notre génération, il y a eu le printemps
arabe. Il y a ces milliers de jeunes qui partent plusieurs mois donner leur
temps, leur motivation et leur énergie bénévolement dans des zones sensibles.
Il y a ces jeunes qui partent sur les côtes grecques et turques pour offrir un
peu de réconfort à des femmes et des hommes qui ont traversé plus d’horreur en
quelques mois que nous en toute une vie. Il y a ces jeunes qui ont l’ambition
de faire du monde de demain quelque chose de mieux. Nous sommes ces jeunes.
Nous sommes la nouvelle génération. Nous avons les
poches pleines d’espoir et les yeux pleins d’étoiles. Et je veux croire que
nous sommes la meilleure génération que la Terre pourrait avoir. Parce que nous
sommes là. Parce que nous n’avons pas le choix. Parce que nous avons le cœur
qui bat.
