Sunday, November 5, 2017

Et on ira danser, jusqu'aux étoiles

Je ne sais pas très bien si tu m’entends. J’ai lu dans certains livres que, même dans ton état, certaines personnes entendent ce qu’il se passe à l’extérieur. J’ai lu beaucoup de livres, ces derniers temps. C’est un peu mieux que Wikipedia. S’ils ont pris la peine d’écrire un bouquin en entier, c’est que ça doit être vrai. Non ?
Je me demande ce que tu dirais si tu pouvais parler. C’est tellement étrange de ne plus entendre ta voix. Je n’avais jamais vraiment réalisé à quel point elle faisait partie de mon paysage sonore. Désormais, quand je vais me coucher, je n’entend plus ton rire qui est destiné à un quelconque skype. Je ne rentre plus dans l’appartement pour te retrouver en grande discussion avec un inconnu. Je ne peux plus t’appeler, simplement pour te parler, pour te savoir présente. Tu n’es plus présente. Et ça me ronge.
Je me demande si tu prendrais bien la situation dans laquelle tu es. Tu me parlerais probablement de l’infirmier sexy qui prend soin de toi tous les jours. Tu m’expliquerais sûrement tout ce que tu as pu remarquer sur le fonctionnement de l’hôpital. « Le docteur effraie un peu ses employés, parce que l’autre jour, j’ai entendu deux assistantes parler et leurs voix tremblaient un peu. » que tu me dirais.
Bien sûr, il y aurait des moments où tu serais déprimée, désespérée, en colère, triste. Mais je sais que tu ferais tout ce que tu peux pour le cacher. Je sais que tu ne voudrais pas nous le montrer. « Ma déprime ne regarde que moi » disais-tu parfois, lorsqu’on te demandait s’il t’arrivait d’être malheureuse.
J’aimerais tellement que tu me répondes. Que tu me fasses un signe qui me prouve que je ne parle pas dans le vide. Qui me montre un peu d’espoir.
C’est horrible, parce que tu es là, à côté de moi, et pourtant tu me manques terriblement. J’ai besoin de toi. J’ai besoin que tu te réveilles.

Le coma ne te convient pas. Tu as toujours été dans l’action. Tu as besoin de bouger, de parler, de chanter et de danser. Tu ne peux pas rester inerte pour l’éternité. C’est vrai que ta vie est plus simple, désormais. Tu n’as plus besoin de penser à rien. Plus besoin de prendre de douche, de faire à manger ou même d’aller aux toilettes. On se charge de ça pour toi. C’est vrai que cela doit être agréable de ne plus avoir aucun souci. Tu n’as plus de responsabilités sur tes épaules, plus de stress et plus de to-do list. La seule chose que tu dois faire, désormais, c’est rester allongée. Tu évites les cœurs brisés, les déceptions de la vie et l’angoisse du lendemain.
Mais tu perds aussi ce qui fait de la beauté de la vie ! Tu ne vois plus les rayons du soleil ni les fleurs qui repoussent dans le jardin. Tu ne manges plus de tartes aux pommes chaudes, tu ne sens plus le vent sur ton visage. Et puis, surtout, tu ne peux plus rire. Tu ne peux plus danser.

Je t’en prie, je t’en supplie, ne reste pas dans cet état. J’ai besoin de toi. Et toi, tu as besoin de la vie. Si tu te réveilles, si tu me reviens, je te promet qu’on sera heureux. On ira boire des chocolats chauds au coin du feu. Et on ira jouer dans les vagues de l’océan. Et on ira danser. Jusqu’aux étoiles.


Il suffit que tu te réveilles. Il suffit que tu choisisses de vivre.


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