Je ne sais pas très bien
si tu m’entends. J’ai lu dans certains livres que, même dans ton état,
certaines personnes entendent ce qu’il se passe à l’extérieur. J’ai lu beaucoup
de livres, ces derniers temps. C’est un peu mieux que Wikipedia. S’ils ont pris
la peine d’écrire un bouquin en entier, c’est que ça doit être vrai. Non ?
Je me demande ce que tu
dirais si tu pouvais parler. C’est tellement étrange de ne plus entendre ta
voix. Je n’avais jamais vraiment réalisé à quel point elle faisait partie de
mon paysage sonore. Désormais, quand je vais me coucher, je n’entend plus ton
rire qui est destiné à un quelconque skype. Je ne rentre plus dans
l’appartement pour te retrouver en grande discussion avec un inconnu. Je ne
peux plus t’appeler, simplement pour te parler, pour te savoir présente. Tu
n’es plus présente. Et ça me ronge.
Je me demande si tu
prendrais bien la situation dans laquelle tu es. Tu me parlerais probablement
de l’infirmier sexy qui prend soin de toi tous les jours. Tu m’expliquerais
sûrement tout ce que tu as pu remarquer sur le fonctionnement de l’hôpital.
« Le docteur effraie un peu ses employés, parce que l’autre jour, j’ai
entendu deux assistantes parler et leurs voix tremblaient un peu. » que tu
me dirais.
Bien sûr, il y aurait des
moments où tu serais déprimée, désespérée, en colère, triste. Mais je sais que
tu ferais tout ce que tu peux pour le cacher. Je sais que tu ne voudrais pas
nous le montrer. « Ma déprime ne regarde que moi » disais-tu parfois,
lorsqu’on te demandait s’il t’arrivait d’être malheureuse.
J’aimerais tellement que
tu me répondes. Que tu me fasses un signe qui me prouve que je ne parle pas
dans le vide. Qui me montre un peu d’espoir.
C’est horrible, parce que
tu es là, à côté de moi, et pourtant tu me manques terriblement. J’ai besoin de
toi. J’ai besoin que tu te réveilles.
Le coma ne te convient
pas. Tu as toujours été dans l’action. Tu as besoin de bouger, de parler, de
chanter et de danser. Tu ne peux pas rester inerte pour l’éternité. C’est vrai
que ta vie est plus simple, désormais. Tu n’as plus besoin de penser à rien.
Plus besoin de prendre de douche, de faire à manger ou même d’aller aux
toilettes. On se charge de ça pour toi. C’est vrai que cela doit être agréable
de ne plus avoir aucun souci. Tu n’as plus de responsabilités sur tes épaules,
plus de stress et plus de to-do list. La seule chose que tu dois faire,
désormais, c’est rester allongée. Tu évites les cœurs brisés, les déceptions de
la vie et l’angoisse du lendemain.
Mais tu perds aussi ce
qui fait de la beauté de la vie ! Tu ne vois plus les rayons du soleil ni
les fleurs qui repoussent dans le jardin. Tu ne manges plus de tartes aux
pommes chaudes, tu ne sens plus le vent sur ton visage. Et puis, surtout, tu ne
peux plus rire. Tu ne peux plus danser.
Je t’en prie, je t’en
supplie, ne reste pas dans cet état. J’ai besoin de toi. Et toi, tu as besoin
de la vie. Si tu te réveilles, si tu me reviens, je te promet qu’on sera
heureux. On ira boire des chocolats chauds au coin du feu. Et on ira jouer dans
les vagues de l’océan. Et on ira danser. Jusqu’aux étoiles.
Il suffit que tu te
réveilles. Il suffit que tu choisisses de vivre.

No comments:
Post a Comment