Elle
se regarde. Elle s’observe, se dissèque et se juge. Elle ne peut pas s’empêcher
de remarquer ses bras qui sont couverts de petits points rouges. Son sein droit
qui est plus gros que le gauche. Son double menton lorsqu’elle sourit en
baissant la tête. Ça la révolte.
Surtout, elle lance un regard de dégoût à son ventre. On dirait une femme enceinte. Elle se met de profil et le rentre jusqu’à ce que ses poumons se rétractent et qu’elle ne puisse plus respirer. Oui, c’est comme ça qu’elle serait jolie. Parfois, elle déteste tellement ses grosses cuisses qu’elle voudrait en détacher des lamelles au couteau à pain. Surtout l’été, parce qu’elle porte des robes et des shorts. Comme ses cuisses sont trop grosses, elles frottent l’une contre l’autre et, lorsqu’elle rentre d’une journée où elle a beaucoup marché, ses vergetures sont irritées jusqu’au sang. Ça fait tellement mal qu’elle préfère encore porter des jeans, même s’il fait 30 degrés.
Surtout, elle lance un regard de dégoût à son ventre. On dirait une femme enceinte. Elle se met de profil et le rentre jusqu’à ce que ses poumons se rétractent et qu’elle ne puisse plus respirer. Oui, c’est comme ça qu’elle serait jolie. Parfois, elle déteste tellement ses grosses cuisses qu’elle voudrait en détacher des lamelles au couteau à pain. Surtout l’été, parce qu’elle porte des robes et des shorts. Comme ses cuisses sont trop grosses, elles frottent l’une contre l’autre et, lorsqu’elle rentre d’une journée où elle a beaucoup marché, ses vergetures sont irritées jusqu’au sang. Ça fait tellement mal qu’elle préfère encore porter des jeans, même s’il fait 30 degrés.
Elle
se regarde et elle a envie de pleurer.
C’est
souvent comme ça, lorsque le miroir lui parle. Il lui dit des choses horribles.
Il la traite de tous les noms et lui dit que « quand même, elle pourrait
faire un effort ».
Elle ne se souvient plus pourquoi elle a arrêté de courir. Ni pourquoi elle a arrêté de faire des squats et des abdos tous les soirs. Elle a un peu la nostalgie de cette époque, très courte, pendant laquelle elle pouvait sentir des muscles sous ses fesses et un ventre dur lorsqu’elle se testait à coups de poing.
Elle ne se souvient plus pourquoi elle a arrêté de courir. Ni pourquoi elle a arrêté de faire des squats et des abdos tous les soirs. Elle a un peu la nostalgie de cette époque, très courte, pendant laquelle elle pouvait sentir des muscles sous ses fesses et un ventre dur lorsqu’elle se testait à coups de poing.
Et
pourtant… n’est-elle pas beaucoup plus heureuse aujourd’hui ? Beaucoup
plus heureuse, mais surtout beaucoup plus grosse, murmure une voix dans sa
tête. Une voix qu’elle n’arrive jamais totalement à chasser et qui ne la
laissera probablement plus jamais tranquille.
Le régime
est une addiction. Elle a beau n’avoir plus touché à la came depuis plus d’un
an, les magazines qui prêchent des « solutions minceurs » chez sa
coiffeuse réveillent toujours un manque. Elle n’a plus compté ses calories
depuis qu’elle a perdu son téléphone et que l’application fitness a disparu
avec lui. Et pourtant, lorsque sa meilleure amie a évoqué l’autre jour le haut
taux glycémique du biscuit qu’elle mangeait, elle a dû se faire violence pour
finir de l’avaler.
Le
miroir est son meilleur ennemi et elle le déteste autant qu’elle voudrait
l’aimer.
Nue,
sous la lumière jaune de la lampe de sa chambre, elle se force à sourire. Elle
se force à faire des petits pas de danse qui font onduler ses formes. Elle se
force à utiliser le terme « formes » plutôt que
« graisse ». Elle se force à se souvenir que l’homme qui l’aime se
fout du cheesecake qu’elle a mangé la semaine dernière. Elle se force à se
regarder avec bienveillance.
C’est
tellement difficile qu’elle veut abandonner.
Mais
elle ne veut pas replonger. Alors elle se lève, tape sur son ordinateur son
dégoût et sa lutte pour accepter son corps de dix-neuf ans. Elle se force à
écrire :
Si
le miroir pouvait parler, il dirait que je suis jolie.
