Sunday, December 3, 2017

Lorsque ça faisait mal

So just hold on, we’re going home. It’s hard to do these things alone.
I miss you.
I love you.
I want you.
I dream.
I always dream.
And you ?
Do you dream ?
Do you dream of me ?
I sing.
I dance.
I dance to chase away the sadness.
I write.
And I miss you.

Et puis, qu’y a-t-il de plus ?
J’ai rêvé cette nuit. Encore une fois. Encore une fois de toi. Pas seulement de toi, mais tu étais toujours là, dans un coin dans mon champs de vision, à me torturer de ton déni.
J’ai rêvé que tu étais là, mais que tu m’ignorais. J’ai rêvé que tu étais avec elle. J’ai rêvé que tu faisais semblant que je n’avais jamais existé. J’ai revécu en rêve ce que tu m’as fait vivre. Encore. Et encore. Et encore.
Quand je me suis réveillée, ma première pensée a été “J'en ai marre de ressasser les mêmes mauvais souvenirs.” 
Cela tourne à l’obsession, non ? Ou bien est-ce normal ? Est-ce simplement que je rêve pour me permettre de digérer le mal que tu m’as infligé ?
Quelle est la frontière entre la nécessité de traiter des souvenirs douloureux et l’obsession contre-productive ? J’ai l’impression d’être en plein état de stress post-traumatique. Enfin, on ne va pas exagérer non plus, mais presque.
Et c’est ridicule. C’est ridicule que je sois traumatisée par un regard, par une moue dédaigneuse, par des bretelles rouges et une robe noire et blanche.
Mais je ne sais pas comment y échapper. Je ne sais pas comment arrêter d’en rêver. Je ne sais pas comment accepter que j’en rêve une nuit sur deux. Les autres nuits, je rêve de la douceur d’une présence, d’une épaule sur laquelle ma tête repose, d’une envie de pardonner et de reprendre où nous en étions.
Ces rêves-là sont encore plus cruels. Ils me donnent envie d’être avec toi à nouveau. Ils me donnent envie de croire à une fin différente. Après ces rêves-là, tu me manques. Je préfère encore te mépriser. C’est moins doux-amer. C’est moins vicieux. C’est moins douloureux sur la longueur.
Et puis, je réalise que cela ne fait pas si longtemps que nous avons rompu. Pardon, que tu as rompu avec moi. Que tu as détruit notre relation à coup de marteau.

J’ai l’impression que cela fait déjà des siècles, mais cela fait tout juste trois semaines. C’est peu, n’est-ce pas ?

Je n’attendrais pas de ma meilleure amie qu’elle se remette d’une rupture aussi violente en moins d’un mois. Alors pourquoi ai-je envie que cela soit déjà fini pour moi ?

J’ai envie d’accélérer le processus de deuil, parce que je sais à quelle finalité je dois arriver. Je sais très exactement qu’un jour, les souvenirs monstrueux seront embrumés et que tout ira un peu mieux. La douleur sera une vieille tache sur le mur. On sait tous qu’elle est là, mais plus personne n’y fait attention.
Mais aujourd'hui, je suis juste découragée. J’en ai marre d’avoir envie de te parler. J’en ai marre que tu me manques physiquement. J’en ai marre d’avoir envie de savoir ce qu’il se passe dans ta vie. J’en ai marre de me réveiller épuisée chaque matin. J’en ai marre d’être blessée. J’en ai marre d’avoir mal.
Et je ne peux rien faire. Je ne peux même pas lutter. Je ne peux même pas accélérer le processus. Je me sens impuissante et j’en ai encore plus marre.
Quelle connerie que cette rupture.


19 août 2017

Thursday, November 16, 2017

Execution day

Texte issu d'un challenge d'écriture : The Execution Day

Ma si chère amie,

J’espère que tu arriveras à me lire, ma main tremble un peu. On m’a donné du papier et un crayon pas assez taillé (auraient-ils peur que je tente une évasion si le crayon était pointu ?). Le gardien m’a dit qu’ils ne lisaient pas les lettres d’adieux des condamnés à mort. Je crois qu’il ment.
Ma petite chérie, je suis tellement désolée. Je ne serai pas la marraine de tes enfants et tu ne seras jamais la marraine des miens. C’est une promesse de plus que je brise et mon cœur se serre à l’idée de t’abandonner. J’aurais aimé que nous devenions ces deux petites mamies qui critiquent les gens qui passent dans la rue en sirotant des thés à la menthe. Nous aurions ri si fort que nous aurions craché nos dentiers et affolé nos pacemakers. Nous aurions parlé pendant des heures de nos enfants ingrats et de nos petits-enfants trop gâtés.
Mais je n’aurai jamais d’enfants, ni de petits-enfants. Cette pensée me laisse un goût de métal dans la bouche. Quelle étrange pensée que de se dire que je n’aurai jamais plus que dix-huit ans.
Pourtant, je veux que tu saches que je ne regrette rien. Je meurs la tête haute et tu peux être fière de moi. Depuis l’invasion, je me sentais si seule… Lorsque j’ai rejoint la cause, j’ai retrouvé une raison de vivre. Tu me connais mieux que personne, tu sais que je n’ai jamais supporté l’inaction. J’ai haï ces mois de claustration qu’ils nous ont fait subir. Je ne pouvais pas rester les bras croisés à regarder le monde prendre feu.
Je sais que je n’aurai été qu’un goutte d’eau dans cette immense brasier. Peut-être même que mon acte a servi à attiser les flammes. Mais j’ai fait ce que j’ai pu. Je ne me suis pas laissée faire. J’ai refusé la soumission et je suis en paix avec moi-même. Mieux vaut mourir à dix-huit ans pour une cause en laquelle on croit qu’à cent ans sans avoir jamais rien fait qui vaille la peine.
Je veux aussi que tu saches que je n’ai pas peur de la mort. Si Dieu existe, j’aimerais bien avoir une petite discussion avec lui. Et, qui sait, peut-être que les mamies boivent des thés à la menthe au paradis ? 

Tant que j’y pense, peux-tu dire à Marco qu’il me doit cinquante francs ? Comme je suis généreuse, on va dire que j’efface cette dette. Et j’ai oublié de rendre un livre à Julie, peux-tu le faire à ma place ? Il est posé sur la table de la cuisine et la clé de l’appartement est dans la boite aux lettres. Le reste de mes affaires t’appartient, désormais. Je n’ai pas grand chose, mais il devrait y avoir un ou deux objets qui pourraient t’être utiles.
Si tu le vois, dis à mon père que je lui pardonne presque tout. Je veux mourir la conscience tranquille. Et dis à Adrien que je l’ai un peu aimé, même s’il est trop tard.

Et toi, toi, toi, ma lumière, mon amour, ma meilleure amie. Pleure un peu ma mort, mais pas plus que quelques semaines. Ensuite, sèche tes larmes et tente de vivre. Je ne te dis pas de rejoindre la cause (tu es trop douce pour ça), mais redresse la tête. Ne les laisse jamais t’abattre.

Mes dernière pensées vont à toi,


M.